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Etat numérique
policier, la ligue Odebi dénonce
"La Ligue (Odebi)
dénonce avec la plus extrême fermeté le projet de loi contre
le terrorisme
de Nicolas Sarkozy instaurant un état numérique policier
http://www.odebi.org/new/theme/accueil.php?a=
«La Ligue
vient de prendre connaissance du projet de Loi contre le terrorisme
(LCT)[1] présenté par Nicolas Sarkozy et déposé le 26 octobre
dernier à l'assemblée nationale, après avoir été examiné par
la CNIL [2] et le Conseil d'état, mais pas par le Conseil
consultatif de l'internet. Les mesures concernant les internautes
français occupant une place importante dans la LCT , en particulier
son article 4 qui assimilerait les cybercafés à des FAI et
leur imposerait de fait des contrôles d'identité, et l'article
5 qui donnerait le droit aux services de police d'accèder
aux données de connexion internet des français en dehors de
tout contrôle de la justice.
La question
qui se pose aujourd'hui aux français est la suivante : Jusqu'où
une démocratie peut-elle aller dans la lutte contre le terrorisme
? Cette question nécessite un débat démocratique serein qui
ne peut pas être raisonnablement qualifié de "polémique stérile",
et qui aurait déjà dû avoir lieu en France il y a un demi-siècle.[3]En
déclarant l'urgence de la LCT, le gouvernement tronque un
débat démocratique d'importance majeure, comme il l'avait
fait pour la loi pour la sécurité intérieure (LPSI) [4], initiée
par Nicolas Sarkozy en octobre 2002 et promulguée le 18 mars
2003.
Concernant
l'accès aux données de connexions internet, la Ligue se demande
comment cette déclaration d'urgence peut être crédible, dans
la mesure où le décret d'application devant déterminer les
catégories de données devant être conservées et leur durée
de conservation (article 29 de la loi relative à la sécurité
quotidienne (LSQ) [5]) n'a -à ce jour- toujours pas été publié
[6] : La LSQ a pourtant été promulguée le 15 novembre 2001.....
L'article
5 de la LCT porte gravement atteinte aux libertés publiques,
et en particulier au droit au respect de la vie privée en
accordant le droit aux agents de police judiciaire d'accéder
aux enregistrements des données de connexion des internautes
: Nicolas Sarkozy prétend garantir ces libertés en faisant
centraliser les demandes d'accès aux données par une entité
policière placée sous l'autorité du Directeur Général de la
Police Nationale et qui coordonne les RG, la DST et la DGSE,
et en faisant valider ces demandes par une personnalité désignée
par le ministre de l'intérieur, et placée auprès du ministre
de l'intérieur.....
Cette disposition
paraphrène qui ignore le rôle l'autorité judiciaire , gardienne
des libertés individuelles, comme le prévoit l'article 66
de la constitution [7], mènerait à l'instauration d'un état
numérique policier : en sapant ainsi les fondements de notre
société démocratique, Nicolas Sarkozy tombe dans le piège
conceptualisé de longue date par les milieux terroristes,
alors même qu'il ne peut ignorer que la protection des droits
fondamentaux est l'un des enjeux majeurs de la construction
du contre terrorisme européen.
S'agissant
du contexte législatif européen dans lequel s'inscrit le projet
de loi de Nicolas Sarkozy, il est utile de rappeler que :
- Depuis le 28 avril 2004, la France,le Royaume Uni, l'Irlande,
et la Suède essaient de faire adopter par le conseil une décision
cadre -donc sans consulter le parlement européen- visant à
la conservation des données de connexion des internautes "aux
fins de la prévention, la recherche, la détection, la poursuite
de délits et d'infractions pénales, y compris du terrorisme".[8]
- Le
9 novembre 2004 le groupe Article 29 ("CNIL" européenne) juge
que ce projet de décision cadre n'est pas conforme à l'article
8 de la convention européenne des Droits de l'Homme.[9]
-
Le 31 mai 2005 la commission des libertés civiles, de la justice
et des affaires intérieures publie le rapport d'Alexander
Nuno Alvaro qui "rejette l'initiative de la République française,
de l'Irlande, du Royaume de Suède et du Royaume-Uni;", jugeant,
tout comme la commission des affaires juridiques du Parlement
européen, que la base juridique choisie par le Conseil n'est
pas conforme à la législation européenne.[10]
-
Lors de ses débats du 7 juin 2005, le Parlement européen rejette
le projet de décision cadre de ces quatre Etats membres.[11]
-
De son côté, le Conseil JAI examine une nouvelle version du
projet de décision cadre lors de ses réunions du 2 et 3 juin
2005.[12]
-
Le 13 juillet 2005, le Conseil, présidé par Charles Clarke,
et où la France est représentée par Nicolas Sarkozy et Pascal
Clément, déclare qu'il "adoptera les décisions-cadres concernant
la conservation des données de télécommunications (octobre
2005)."[13]
-
Le 21 septembre 2005, la Commission européenne propose une
directive sur la conservation de données traitées dans le
cadre de la fourniture de services de communications électroniques
accessibles au public.[14]
-
Le 26 septembre 2005, le Contrôleur européen de la protection
des données donne son avis sur le projet de directive de la
commission et sur le projet de décision cadre des quatre Etats
membres, et déclare :"La directive aura un impact direct sur
la protection de la vie privée des citoyens européens et il
est primordial qu'elle respecte leurs droits fondamentaux,
consolidés par la jurisprudence de la Cour européenne des
droits de l'homme. Une mesure législative qui affaiblirait
la protection de ces droits est non seulement inacceptable
mais aussi illégale."[15]
-
Le 27 septembre 2005, le Parlement européen adopte une résolution
législative [16] qui : 1. rejette l'initiative de la République
française, de l'Irlande, du Royaume de Suède et du Royaume-Uni;
2. invite la République française, l'Irlande, le Royaume de
Suède et le Royaume-Uni à retirer leur initiative;
-
Le 12 octobre 2005 le Conseil, présidé par Charles Clarke,
et où la France est représentée par Christian Estrosi et Pascal
Clément, annonce que "la décision-cadre, qui est une option
à laquelle un grand nombre de délégations sont favorables,
restera sur la table."[17]
Face à ce
bras de fer euro-législatif entre le premier et le troisième
pilier, dans lequel quatre Etats membres dont la France essaient
d'imposer des lois en contournant le Parlement européen, ou
en exerçant sur lui des contraintes, en particulier en terme
de délais, il est légitime de se demander si Nicolas Sarkozy
ne cherche pas à instrumentaliser le processus législatif
français avec son projet de loi LCT.
Qui plus est,
quel que soit le bruit médiatique autour de la LCT, et de
sa prétendue urgence, le ministre de l'intérieur ne pourra
jamais cacher le fait que les décrets d'application concernant
la conservation des données, que ce soit pour la LCEN [18],
ou pour la LSQ, n'ont jamais été publiés. Si vraiment la conservation
de ces données était nécessaire à la sécurité des français,
il va falloir que Nicolas Sarkozy explique aux français pour
quelle raison ces décrets n'ont pas été publiés, en particulier
depuis la promulgation de son projet de loi LPSI le 18 mars
2003 qui a rendu définitive l'obligation de conservation des
données qui n'était qu'une mesure exceptionnelle et temporaire
dans la LSQ. »
[1]
http://www.assemblee-nationale.fr/12/dossiers/terrorisme_securite_controles.asp
. http://www.assemblee-nationale.fr/12/projets/pl2615.asp
[2] http://www.cnil.fr/index.php?id=1885&news[uid]=287&cHash=3fbcdd0b5f
.
http://www.cnil.fr/index.php?id=1884&news[uid]=286&cHash=dad76fea63
[3] http://fondapol.org/CR/visu_cr.php?nbPage=5&nextPage=1&idCR=32&offset=0&numPage=0
[4] http://www.senat.fr/dossierleg/pjl02-030.html
.
[5]
http://www.senat.fr/dossierleg/pjl00-296.html
[6] http://www.senat.fr/apleg/pjl00-296.html#non_pris
.
[7]
http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/constit.htm#Titre%20VIII
[8] http://register.consilium.eu.int/pdf/fr/04/st08/st08958.fr04.pdf
.
[9]
http://europa.eu.int/comm/justice_home/fsj/privacy/docs/wpdocs/2004/wp99_fr.pdf
http://europa.eu.int/comm/justice_home/fsj/privacy/docs/wpdocs/tasks-art-29_fr.pdf
http://europa.eu.int/comm/justice_home/fsj/privacy/workinggroup/index_fr.htm
[10]
http://www.europarl.eu.int/omk/sipade3?PUBREF=-//EP//NONSGML+REPORT+A6-2005-0174+0+DOC+PDF+V0//FR&L=FR&LEVEL=1&NAV=S&LSTDOC=Y
[11] http://www.europarl.eu.int/oeil/FindByProcnum.do?lang=1&procnum=CNS/2004/0813
[12]
http://www.edri.org/docs/Data-retention-council-draft-29062005.pdf
[13] http://ue.eu.int/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/fr/jha/85814.pdf
[14]
http://europa.eu.int/eur-lex/lex/LexUriServ/site/fr/com/2005/com2005_0438fr01.pdf
http://www.europarl.eu.int/meetdocs/2004_2009/documents/sec/com_sec%282005%291131_/com_sec%282005%291131_en.pdf
[15]
http://www.europa.eu.int/rapid/pressReleasesAction.do?reference=EDPS/05/5&format=HTML&aged=0&language=FR&guiLanguage=en
http://www.edps.eu.int/legislation/Opinions_A/05-09-26_Opinion_data_retention_EN.pdf
[16] http://www.europarl.eu.int/omk/sipade3?PUBREF=-//EP//TEXT+TA+P6-TA-2005-0348+0+DOC+XML+V0//FR&L=FR&LEVEL=2&NAV=S&LSTDOC=Y&LSTDOC=N
http://www.europarl.eu.int/news/expert/infopress_page/019-669-270-9-39-902-20050921IPR00560-27-09-2005-2005--true/default_fr.htm
[17]
http://ue.eu.int/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/fr/jha/86658.pdf
[18]
http://www.senat.fr/apleg/pjl02-195.html#non_pris