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"La coordination
contre la biométrie ",
adresse email : contrebiometrie@yahoo.fr
Combattre
la biométrie, soutenir les inculpés de Gif-sur-Yvette
Si
tout se passe comme l'espèrent les promoteurs de la société
de l'information, dans deux, trois, quatre ans, la biométrie
sera très largement répandue autour de nous. Depuis quelques
mois, les installations de bornes biométriques se multiplient,
en premier lieu dans les établissements scolaires, mais aussi
à l'entrée d'immeubles, d'entreprises, de boîtes de nuit :
ce n'est plus une carte qu'on doit présenter pour franchir
portes et tourniquets, mais le contour de sa propre main ou
ses empreintes digitales.
Le
projet INES[1], qui vise à doter les citoyens d'une carte
d'identité à puce munie de données biométriques (comme l'iris
de l'oeil), a été ajourné et promis à des modifications, suite
à une pseudo-consultation sur Internet au printemps 2005.
Mais, initié par la gauche en 2001 et porté depuis par Sarkozy,
il reste à l'horizon de la « sécurisation » de notre pays.
D'ailleurs dans certains départements de la République, on
peut déjà obtenir un passeport biométrique.
Force
est de constater que jusqu'ici, la diffusion de cette nouvelle
technologie n'a rencontré ni difficulté pratique majeure,
ni opposition organisée d'ampleur. Les premières bornes ont
trouvé des acheteurs empressés (proviseurs, syndics.), encouragés
par les pouvoirs publics et leurs subventions. Ne nous voilons
pas la face : il existe une demande sociale en faveur de ce
type de contrôle, réputé infaillible ; comme pour les digicodes
ou les caméras de surveillance, cette demande n'émane malheureusement
pas que « des flics et des patrons ».
En
même temps, une partie sans doute importante de la population
frémit devant la perspective d'un grand fichier informatique
central des citoyens aux mains de l'État et à disposition
des entreprises. Le principe de la biométrie est l'enregistrement
de données corporelles dans des ordinateurs, ce qui en soi
fait froid dans le dos. Et le projet INES va clairement dans
le sens d'un recoupement des différentes bases de données
(physiques et administratives) disponibles sur les individus.
Comme
en Estonie, où « sept adultes sur dix ont déjà opté pour une
carte d'identité à puce. Celle-ci leur sert bien sûr de document
d'état civil, mais elle leur permet aussi d'acquitter sans
formalité impôts, frais de transports et même de décrocher
un prêt bancaire sur Internet. »[2] La surveillance des déplacements
et fréquentations de chacun en devient automatique. La biométrie
substitue techniquement la loi du soupçon au principe de la
bonne foi présumée.
Elle
nous fait basculer dans un monde où il est criminel de ne
pas être fiché. Mais une fois constaté que les principes les
plus élémentaires du libéralisme politique du xviiie siècle
sont liquidés, qu'avons-nous à opposer à ce énième coup de
force ? La biométrie est-elle plus qu'une synthèse des multiples
atteintes portées depuis des années à notre liberté, par la
quincaillerie technologique qui fait l'orgueil des sociétés
« développées » ?
Nous
sommes partout rivés à nos portables, ce qui permet à la police
de toujours nous localiser. On peut aussi retracer la journée
du citadin moderne grâce à sa carte bleue, son pass Navigo,
la consultation de son courrier électronique. La dure réalité
est que nous avons déjà accepté dans ses grandes lignes une
société de contrôle. Du coup, l'arrivée de la biométrie constitue
moins une rupture qu'un révélateur :
révélateur
des empiètements déjà opérés par l'État et le marché sur les
existences individuelles, avec notre consentement voire notre
contentement ; révélateur d'un projet politique, qui est de
faire de l'humain un produit industriel comme un autre.
Comme
n'importe quelle marchandise dont il faut assurer la traçabilité,
il sera géré par ordinateur grâce à des puces, des capteurs
et des bases de données en réseaux. Aboutissement logique
d'une trajectoire technique qui a vu l'informatique prendre
une place gigantesque dans l'infrastructure capitaliste de
production et d'échange, et dans nos vies. Sommes-nous disposés
à interrompre cette trajectoire, à refuser la numérisation
de la société, à rejeter au nom de la liberté une innovation
cruciale pour la poursuite de la modernisation économique
? Et si oui, comment faire ?
Il
n'existe à ce jour, à notre connaissance, qu'un acte de résistance
publique à l'avancée de la biométrie : l'intrusion d'une vingtaine
de manifestants dans la cantine du lycée de la Vallée de Chevreuse,
le 17 novembre 2005, au cours de laquelle deux bornes biométriques
installées par le proviseur pour contrôler l'entrée des élèves
le midi ont été mises hors d'usage. Trois manifestants ont
été retenus de force par le personnel, remis à la gendarmerie
et accusés des destructions. Ils ont été condamnés en première
instance à 3 mois de sursis, 1500 euros d'amende pour l'intrusion
et 9000 euros pour le bris de machine.
Ces
personnes, qui ont fait appel du verdict, ne doivent pas rester
isolées. L'opposition à la biométrie et au projet INES doit
désormais dépasser la préoccupation de quelques cercles d'amis,
personnalités et associations. Nous appelons en conséquence
à un large soutien des trois inculpés de Gif, y compris sous
la forme la plus triviale, à savoir donner de l'argent pour
les aider à faire face à leurs frais d'avocat[3]. Que toutes
les personnes qui expriment ainsi leur solidarité s'approprient
cette question.
Des
ami-e-s des inculpé-e-s
[1]
Identification Nationale Electronique Sécurisée
[2]
« Des pays moins avancés et pourtant si innovants », Catherine
Bernard, in Enjeux Les Echos, décembre 2005, p. 76.
[3]
Les chèques sont à adresser à l’ordre de la Compagnie du Cheval
Noir, au 45 rue Eugène Lumeau, 93400 St Ouen. Par ailleurs,
un concert de soutien (Le blues du citoyen) aura lieu à Paris,
le mardi 23 mai : 20h, Studio de l’Ermitage, 8 rue de l’Ermitage,
XXè ; entrée au prix plancher de 5 euros